[Livre] Chevillard dans tous ses états

[Livre] Chevillard dans tous ses états

avril 16, 2016
in Category: Livres reçus, UNE
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[Livre] Chevillard dans tous ses états

Les Actes du premier colloque sur l’œuvre d’Eric Chevillard (2013) viennent de paraître. On trouvera ci-dessous, juste avant et juste après la Table des matières, un extrait de l’introduction par O. Bessard-Banquy et P. Jourde et un autre, tiré de mon article.

Eric Chevillard dans tous ses états, sous la direction d’Olivier Bessard-Banquy et de Pierre Jourde, Classiques Garnier, coll. "Rencontres", n° 140, avril 2016, 276 pages, 22 €, ISBN : 978-2-8124-4920-8.

Introduction (extrait), par O. Bessard-Banquy et P. Jourde

"Chevillard écrit ses livres comme autant de haïkus ou de maximes : le moindre mot pesé, pas de gras, pas de bavardages, un texte tendu à son maximum, vers la trouvaille. C’est cette exigence même qui fait de Chevillard un antiréaliste : il refuse la facilité qui consiste à s’adosser au réel, sa seule garantie est le langage. Mais le langage lui-même abonde en formules toutes faites, en habitudes et en paresses. Il s’agit de les éviter, ou bien de les prendre de front, de les exploiter, de faire de ce langage mort un matériau créatif. L’humour est encore un aspect de cette exigence : perpétuelle distance avec soi-même, perpétuelle remise en cause du texte par lui-même. Chevillard est peut-être, par-dessus tout, un humoriste, un prestidigitateur de l’incongru, capable de faire surgir, à partir des substances les plus banales, des merveilles de poésie cocasse" (p. 8-9).

TABLE DES MATIÈRES

Olivier Bessard-Banquy et Pierre Jourde
Introduction ……………………………….… 7

Éric Chevillard
Le colloque pour tous …………………………… 15

Claro
Chevillard, un traître parmi les traîtres ……………..… 17

Claude Coste
La mauvaise foi d’Éric Chevillard …………………… 23

Alexandre Gefen
La littérature sans la littérature …………………..… 39

Fabrice Thumerel
Portrait de l’écrivain en animal polymorphe ………….… 51

Christine Jérusalem
Éric Chevillard au Mali ……………………….… 63

Marc Daniel
Éric Chevillard et le conte ………………………… 73

Laurent Demanze
Meurtre en bas de page ……………………….… 83

Aurélie Adler
Espaces du renversement et de l’inachèvement …………… 93

Marie-Odile André
Palafox au pays des moralistes ……………………… 107

Béatrice Bloch
La disposition du grognon ……………………….. 121

Jean-Bernard Vray
Virulence de Chevillard …………………………….. 137

Gaspard Turin
« Énumérations dilatoires » …………………………… 151

Lia Kurts-Wöste
La dynamique énonciative dans les récits d’Éric Chevillard ….. 169

Christelle Reggiani
Démolir la phrase ? L’art de la prose d’Éric Chevillard …….. 183

Pascal Riendeau
L’Autofictif observe le monde …………………… 201

Anne Roche
Chevillard lecteur ………………………………… 215

Blanche Cerquiglini
L’auteur en entretien ……………………………… 227

Ekaterina Koulechova
Éric Chevillard par la presse ………………………. 241

Index des œuvres

d’Éric Chevillard citées ……………………………. 259

Présentations des auteurs et résumés ………………. 261

♦♦♦♦♦

Extrait de F. Thumerel : "Portrait de l’écrivain en animal polymorphe" (p. 58).

 

Des tigres et des hommes

En ces temps où « la littérature ne mord plus » (L’Auteur et moi, Minuit, 2012, p. 238) et où « l’heure est au commerce » (L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster, Minuit, 1999, p. 100), selon Albert Moindre, double de l’auteur, il est un autre animal qu’il faut réintroduire, le tigre, car « l’homme n’est vraiment un homme que dans le voisinage du tigre » (« Trois tentatives pour réintroduire le tigre mangeur d’hommes dans nos campagnes », TP, 102). Quelle peut bien être cette espèce sauvage qui vient stimuler une humanité affaiblie par la médiocrité de ses routines et de ses conformismes, comme par la lâcheté de ses renoncements, sinon celle qui incarne la puissance anti-systématique, la capacité de perpétuelle réinvention grâce aux pouvoirs du langage ? Imposant sa griffe1, l’écrivain digne de ce nom n’épargne rien ni personne de ses coups (de griffe, bien sûr) : lâcher ses tigres, c’est combattre l’ordre établi, les systèmes institués. À celui qui a réussi sa sortie de l’humain au contact du tigre, il reste à se garder de tous ceux qui ont les moyens de se faire la peau du tigre, de toutes les forces intégratrices capables de le domestiquer (reterritorialisation). Dans la jungle littéraire, nul avenir pour les félins réduits à l’état de chats…

1« Le style pourrait bien être une forme de monstruosité. Il faut avoir la bouche tordue pour proférer de telles phrases. Seul un être défiguré peut parler ainsi et, s’il ne possédait également un fond de violence, comment aurait-il le cœur d’infliger à sa langue maternelle une pareille correction ? S’il lui imprime sa patte ou sa griffe, c’est bien en pesant un peu. Il s’écarte de la norme, il excède, il perturbe l’ordre au sein duquel il fait irruption » (Le Monde des livres, 18 janvier 2013, nos italiques).

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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